Autonomie & Autodétermination [Circé Delisle]

Un texte salvateur dans lequel Circé Delisle aborde les problématiques trans contemporaines via une approche féministe matérialiste et décoloniale.

Ce texte a été initialement publié dans le n°2 de la revue AssiégéEs en mars 2017
(revue à commander en version papier et/ou à lire en ligne ici).

couv.circe

En prétendant décliner leurs concepts à travers toutes les cultures, les intellectuels occidentaux font revêtir les habits de l’universalité à leur situation historique particulière.
Considérer que l’existence de situations de non-conformité dans le genre en dehors de l’Occident est une preuve du caractère non-naturel de la binarité du genre n’échappe pas à cette critique.
Seul un essentialisme exotisant souhaite trouver des Eldorados du genre là où la colonisation a laissé des systèmes de genre complexes, où coexistent des catégorisations pré- et postcoloniales.

On ne peut parvenir à une compréhension politique de l’expérience trans tant qu’on la confond avec un phénomène psychologique. Nulle expérience ne doit être soustraite à une analyse sociale si l’on souhaite rendre compte d’une situation politique et sociale de domination.
En faisant de la psychologie individuelle le modèle de la compréhension du genre, on préserve le système sexe-genre lui-même : tant que la défense de l’identité de genre comme droit subjectif est la seule perspective politique, le genre devient un caractère positif qui correspond à des identités de genre, voire des genres, qui appartiennent aux individus, et non plus le nom d’un système normatif qui prétend justifier des situations de domination sociale par une physionomie.
Contre une division du genre entre le ressenti et le manifeste, entre l’individuel et le collectif, entre l’intime et le public, il me semble crucial de réaffirmer l’unité du genre comme rapport social.

Pour rendre possible la parole des personnes trans racisées, il faut la libérer des structures d’objectivation qui la réduisent au sujet d’étude ou au témoignage.
Les femmes trans racisées tendent à être définies comme les sujets par excellence de la lutte révolutionnaire parce qu’elles représentent les “identités les plus marginalisées” aux yeux d’un militantisme libéral. Cette approche, qui prétend défendre l’empowerment des personnes trans racisées, n’est bien souvent qu’un vœu pieux. En cantonnant les femmes trans racisées, soit à la fonction de victimes sacrificielles, soit à une identité esthétisée de “queen”, on fait mine de les considérer comme des sujets-en-lutte, quand bien même ces approches ne les considèrent jamais comme de véritables sujets politiques.
Contre ces constructions idéologiques qui nous réduisent à des cautions militantes, dans une représentation dont les règles nous échappent, il s’agit de dénoncer la fétichisation d’une position sociale au service de son instrumentalisation.

***

Brochure disponible en téléchargement gratuit ici,

ou en version papier lors des évènements où nous sommes présentes
ou parfois auprès de nos librairies partenaires.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s