
Dorothy Allison
11 avril 1949 – 6 novembre 2024
L’écrivaine lesbienne-féministe étasunienne Dorothy Allison est décédée à son domicile, en Californie du Nord, à l’âge de 75 ans, à l’aube du 6 novembre 2024, des suites d’un bref cancer.
Née le 11 avril 1949 à Greenville, en Caroline du Sud, d’une mère adolescente, Ruth Gibson Allison, Dorothy Allison a eu une enfance difficile marquée par la pauvreté et la violence sexuelle, physique et psychologique. Elle est sortie diplômée du lycée, puis a obtenu sa licence au Florida Presbyterian College, avec le soutien d’une bourse au mérite. Elle a ensuite obtenu une maîtrise en anthropologie à la New School for Social Research, à New York. En Floride, Dorothy Allison a rejoint le mouvement de libération des femmes, où elle a trouvé les camarades féministes et lesbiennes qui l’ont soutenue et aimée tout au long de sa vie.
Dans les années 1970 et 1980, d’abord en Floride, puis à Washington et New York, Dorothy Allison s’est engagée dans l’effervescence du mouvement Women in Print, alors en plein essor aux États-Unis. À Tallahassee, en Floride, elle a été éditrice de la revue féministe Amazing Grace et a travaillé dans une librairie féministe. Avec ses essais et ses poèmes, Dorothy Allison a contribué à une multitude de publications féministes, parmi lesquelles Quest et Out/Look, ou encore The Village Voice. Avec Jo Arnone, elle fondé la Lesbian Sex Mafia, un groupe de soutien et d’information pour les femmes qui pratiquent le BDSM, toujours en activité aujourd’hui. Elle a travaillé à la publication de plusieurs numéros de la revue Conditions, en tant que membre de son comité éditorial.
Dorothy Allison a publié en 1983 un recueil de poésie, The Women Who Hate Me, chez Long Haul Press, une maison d’édition féministe de Brooklyn. Avec les éditions Firebrand Books, Nancy Bereano a publié en 1988 son recueil de nouvelles, Trash, lequel a remporté deux Lambda Literary Awards ainsi que le prix littéraire gay et lesbien de l’American Library Association. Bastard Out of Carolina, le roman de Dorothy Allison publié en 1992 chez Dutton, bestseller et finaliste du National Book Award, lui a valu l’attention et la reconnaissance du grand public. On y suit l’histoire de Bone qui, comme Dorothy Allison dans son enfance, subit les abus et maltraitances de son beau-père. Traduit dans plus d’une douzaine de langues, Bastard Out of Carolina a été adapté en téléfilm par Anjelica Huston en 1996.
En 1994, Dorothy Allison a publié un recueil d’essais, Skin: Talking about Sex, Class, & Literature, à nouveau chez Firebrand Books. Dutton a publié en 1995 son récit autobiographique Two or Three Things I Know For Sure, suivi en 1998 de son second roman, Cavedweller, adapté ensuite au cinéma par Lisa Cholodenko.
En français, l’œuvre de Dorothy Allison a commencé à circuler à la fin des années 1990, à la faveur de la traduction de ses deux romans, L’Histoire de Bone et Retour à Cayro, traduits par Michèle Valencia et publiés en 1998 chez 10/18 et Belfond, puis de son recueil d’essais, Peau, À propos de sexe, de classe et de littérature, publié en 1999 au Rayon gay, chez Balland, dans une traduction de Nicolas Milon. En 2015, la traduction de ce recueil culte de l’autrice a été révisée et complétée par Camille Olivier, pour la collection Sorcières des éditions Cambourakis qui a ensuite publié son récit autobiographique Deux ou trois choses dont je suis sûre et son recueil de nouvelles Trash, Vilaines histoires & filles coriaces, respectivement en 2021 et 2022, tous deux traduits par Noémie Grunenwald. Cette dernière a également signé la traduction du recueil de poésie de Dorothy Allison, Les Femmes qui me détestent, publiée en 2024 aux éditions Hystériques & AssociéEs et accompagnée d’une postface de Lucile Dumont examinant le parcours littéraire de l’autrice et sa réception en France.
Appréciée des étudiant-es, Dorothy Allison a enseigné la création littéraire et est intervenue dans de nombreuses écoles et universités, parmi lesquelles Emory University et Davidson College. Tout au long de sa vie, elle a écrit des textes érotiques (ou plutôt des obscénités, comme elle disait), qu’elle a fait circuler auprès de toute une clique de lectrices. Comme beaucoup d’écrivain-es de sa génération, elle a également entretenu de nombreuses correspondances. En 2024, Publishing Triangle lui a décerné le prix Bill Whitehead pour l’ensemble de sa carrière.
Précédée dans la mort par Alix Layman, son épouse (après l’ouverture du mariage aux couples homosexuels, elle a toujours décrit leur relation comme ayant été « validée par la rue »), Dorothy Allison laisse derrière elle son fils chéri, Wolf, ainsi que toute une communauté d’ami-es et de camarades bienaimé-es.
nécrologie : Sinister Wisdom, Dorothy Allison estate, Hystériques & AssociéEs
illustration : © Stéphanie Garzanti

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