NOTES DE L’AUTEUR·E (édition des 20 ans)

NOTES DE L’AUTEUR·E POUR L’ÉDITION ANNIVERSAIRE DES 20 ANS DE STONE BUTCH BLUES

Leslie avait espéré pouvoir écrire une introduction à cette nouvelle édition anniversaire des 20 ans de Stone Butch Blues. Mais avant d’y parvenir, elle a été hospitalisée à domicile. Les notes qui suivent sont un mélange de ce que Leslie avait déjà écrit et de ce que j’ai tapé, assise à son chevet pendant qu’elle continuait à travailler. Au sujet de ces notes, Leslie m’a dit : « c’était le mieux que je pouvais faire ».

Le 15 novembre 2014, Leslie est morte à la maison. Pour plus de détails sur sa santé, allez voir ses notes de recherches sur l’épidémie de Lyme et d’autres maladies qui y sont liées : “Casualty of an undeclared war”, sur http://www.transgenderwarrior.org1.

Vous pouvez aussi lire un bref récit de sa vie que nous avons écrit ensemble, sur :  https://www.workers.org/2014/11/18/leslie-feinberg/2

Minnie Bruce Pratt

Notes de l’auteur·e

Stone Butch Blues

Édition 20e anniversaire – Automne 2013

J’avais espéré écrire une introduction pour replacer le roman dans le contexte historique et social de la seconde moitié du 20e siècle. Quand il est question de politique, le contexte fait tout. Et Stone Butch Blues est un discours éminemment politique, ancré dans son époque et rédigé par un·e communiste blanc·he et syndicaliste de terrain.

Cependant, je suis si malade qu’au moment de cette publication je suis seulement capable d’écrire ces trois brèves notes.

Au sujet du langage

L’utilisation du terme « transgenre » a changé au cours des deux décennies qui se sont écoulées depuis que j’ai écrit Stone Butch Blues.

Depuis cette époque, le terme « genre » est de plus en plus utilisé pour parler de sexe, plus que d’expression de genre. Ce roman défend un autre point de vue.

En raison de la maladie, j’ai été coupé·e des débats sur le langage depuis quasiment dix ans.

Alors, tout ce que je peux dire, c’est que tout comme les avions, les trains ou les voitures, les mêmes véhicules technologiques que sont les hormones et la chirurgie peuvent embarquer les gens pour différents voyages au cours de leur vie. Ces voyages peuvent différer s’ils vivent une/des oppression/s basée/s sur le sexe / la bicatégorisation de sexe, sur l’expression de genre / l’expression personnelle, sur la sexualité, la nationalité, le statut d’immigrant·e, l’état de santé, de validité ou de handicap, et/ou l’exploitation économique de leur travail.

Je suis d’accord avec CeCe McDonald, quand elle écrit depuis une cellule de prison :

« Pour atteindre notre but, nous devons promouvoir la justice raciale, sociale et économique pour la jeunesse trans, ainsi que la liberté d’autodéterminer son identité et son expression de genre. »

16 novembre 2012  http://supportcece.wordpress.com/

Au sujet des pronoms

Je respecte le pronom de toute personne, en tant que part importante de son humanité et de son individualité. L’usage de mon propre pronom a été complexifié par le chevauchement des oppressions.

Mais ces dernières années, je me suis autant senti·e proche du pronom nous que des pronoms il, elle, et iel.

J’introduis ici des liens vers deux articles que j’ai écrits après Stone Butch Blues au sujet du pronom nous3:

“Many Histories Converged at Stonewall: Lavender & Red 71”

http://www.workers.org/2006/us/lavender-red-71/

“Honoring LaTeisha Green”

Crédit photo : Leslie Feinberg
“Family and supporters of LaTeisha Green”
Central New York Pride, Syracuse, 19 juin 2009

Au sujet des modifications

Tout ce qui existe est susceptible de changer et de se développer.

Cette nouvelle édition anniversaire des 20 ans de Stone Butch Blues est aussi proche que possible de l’originale.

Mais les technologies qui ont produit la première édition étaient trop vieilles pour être réutilisées pour réimprimer la version d’origine. Il a donc fallu retranscrire le roman afin de créer un nouveau manuscrit numérique. Il a été recopié à partir du livre imprimé, puis relu et corrigé de nombreuses fois.

J’ai écrit ce roman sur un ordinateur portable que j’avais emprunté, m’y consacrant le soir en sortant du travail. Juste avant qu’il parte à l’impression, on m’a demandé d’en couper un tiers, et je n’avais pas l’expérience de l’édition que j’ai aujourd’hui.

Pendant vingt ans, coquilles, oublis et autres petites erreurs ont constellé le texte, m’obligeant à m’interrompre, quand je le lisais en public, pour dire haut et fort : « Ça, c’était une erreur ! » Cette nouvelle édition m’a permis de réparer ces erreurs.

Alors que ma vue se dégradait et que je devenais trop malade pour pouvoir relire le roman, Minnie Bruce et la correctrice Becca Shaw Glaser ont parcouru le livre, trouvé des questions et me les ont soumises. C’est moi qui ai pris toutes les décisions concernant les erreurs trouvées dans l’original.

Mon approche de l’édition, de la révision et de la réédition – qu’il s’agisse de mon propre travail ou de celui d’autres personnes – a toujours été pleine de respect pour le texte original. J’ai porté la même éthique pour cette nouvelle édition de Stone Butch Blues.

Si elle n’avait pas été abimée, je ne l’aurais pas réparée. Je ne suis pas de l’école de George Lucas, qui révise Star Wars pour changer qui tire le premier4.

La poète/écrivaine Audre Lorde a selon moi résumé de la manière la plus significative la déontologie de la modification, lorsqu’elle a dit que le but d’une révision était de rendre une œuvre « plus proche de ce qu’elle doit être, afin qu’elle puisse réaliser le travail émotionnel qui lui incombe ».

—-

1. « Victime d’une guerre non-déclarée ». L’introduction de ce dossier est traduite dans la présente édition française.

2. Ce texte est également traduit en annexe de la présente édition française.

3. Ces deux articles sont traduits en annexe de cette édition française.

4. George Lucas est le réalisateur des films Star Wars. Lors de la sortie d’une version remastérisée d’un film de la saga en 1997, une scène a été légèrement modifiée, déclenchant une vive polémique chez les fans. Dans la version originale de 1977, c’était Han Solo qui ouvrait le feu dans un bar, alors que dans la nouvelle version c’est son adversaire qui tire en premier.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s