« Traduire Stone Butch Blues en français… »

« Traduire Stone Butch Blues en français… »

Bousculer les imaginaires et développer des alternatives…

Alors qu’en anglais le genre des noms, adjectifs et participes passés est neutre, la traduction en français nous oblige à marquer le masculin ou le féminin sans arrêt dans ce récit à la première personne.

Stone Butch Blues raconte un voyage à travers le genre, celui de Jess, écartelé∙e entre masculin et féminin dans un monde qui attend de nous qu’on soit hommes ou femmes, et exclusivement tout l’un ou tout l’autre. Nous avons voulu par nos choix de traduction rendre compte de cette complexité.

Pour cela, nous avons utilisé et le féminin et le masculin quand Jess parle d’elle/lui-même, en variant les proportions selon le moment du récit. Quand d’autres personnes s’adressent à Jess, nous avons utilisé le genre dans lequel elles le/la perçoivent.

Cela peut parfois dérouter à la lecture, mais n’avons-nous pas intérêt à ouvrir d’autres imaginaires pour nous nommer que ceux imposés par la grammaire ?

Parce que le langage est enjeu de luttes et de rapports de pouvoir, parce que nous ne voulons pas reproduire une norme où « le masculin l’emporte sur le féminin », nous avons décidé de travailler le genre des accords tout au long du livre :

Dans le récit :

– nous avons utilisé parfois le masculin et parfois le féminin pour les pluriels génériques : « Je serais étonnée qu’il y ait plus de deux cents habitantes dans toute la vallée. »

– nous avons également utilisé la règle de l’accord de proximité qui consiste à accorder en genre et en nombre un adjectif (ou un participe) avec le plus proche des noms qu’il qualifie, qu’il soit féminin ou masculin : « Des médecins et des infirmières se sont penchées au-dessus de moi. »

Pour les annexes et les notes de bas de page, nous avons choisi une forme d’écriture avec les doubles accords féminins et masculins, sous diverses formes :

– séparés par des slashes : ils/elles ; le/la ; lui/elle

– séparés par des points médians : auteur·e ; tou·te·s ;

– contractés en un seul mot : celleux

Les règles grammaticales et orthographiques sont nombreuses et parfois contradictoires. Parce que la définition de ces règles est un enjeu de classe, nous avons fait le choix d’appliquer celles qui simplifient la langue française au maximum.

– nous avons choisi d’enlever les accents circonflexes sur le u et le i quand le mot n’a pas d’homonymes sans accent (réforme de 1990) : gout ; paraitre ; s’il te plait ; …

– nous avons supprimé les tirets de la plupart des mots composés (réforme de 1990) : weekend, contremaitre, …

S’efforcer d’éviter autant que possible de calquer les biais excessivement genrés de la langue française sur un texte originellement écrit en anglais est pour nous une manière de produire une traduction de meilleure qualité. Par ailleurs, il nous semble que transformer nos pratiques de la langue fait partie intégrante de nos combats.

Toutes les notes de bas de page sont des traducteur∙ice∙s.

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