« Produire une version française de Stone Butch Blues… »

« Produire une version française de Stone Butch Blues… »

Quelques secondes pour avoir l’idée, des années pour la réaliser…

Aimer ce livre et vouloir le partager. Se lancer avec excitation dans ce projet. En faire un collectif. Discuter ensemble de ce que ce texte éveille en nous. Être frustré·e·s parfois de ne pas réussir à mettre des mots. Traduire. Relire ensemble et savourer cette magie du texte qui a changé de langue. Pinailler à plusieurs sur le moindre détail, la moindre virgule. Croiser d’autres personnes qui ont voulu traduire ce livre, ou qui ont commencé à le faire. Faire une correction dans un sens. Puis la refaire dans l’autre. Et six mois plus tard, refaire l’inverse. Ramasser des bouts de traductions hétérogènes, celle qui a traduit au passé simple et celui qui a horreur de ça. Voir les années défiler et ce projet qui traine encore. Questionner notre propre genre. Transitionner ou pas. Regarder nos solidarités. Aimer les butchs, les fems et les trans’ qui traversent nos vies. S’adapter en cours de route à la nouvelle édition sortie aux États-Unis et qui modifie le texte. Relire les mêmes passages jusqu’à ne plus y voir les fautes. Chercher comment avancer ensemble dans ce projet. S’engueuler, abimer nos amitiés. Faire scission. Quitter un projet dans lequel on a mis tant d’énergie. Apprendre ou réapprendre des dizaines de règles de grammaire. Faire des choix. Douter. Refabriquer du collectif. Chercher des gens à chaque étape : pour traduire, pour corriger, pour corriger encore, pour faire la mise en page, pour éditer, pour dessiner, pour corriger, pour corriger. Et en trouver toujours. Écouter la playlist de toutes les chansons citées dans le roman. Se quereller sur quels mots prennent des tirets ou pas. Tenter d’accorder notre manière de traduire à notre éthique politique. Repasser ces centaines de pages pour s’assurer qu’on a bien utilisé les mêmes normes de grammaire et de syntaxe dans tout le texte. Se retrouver ici ou là. Essayer de comprendre le contexte socio-politique de ce livre pour rédiger des notes de bas de page. Se prendre la tête sur leur longueur et leur degré de précision. Chercher du fric pour financer l’impression. Penser détester ce texte de l’avoir tant relu, et pourtant être encore ému·e·s par un passage ou un autre. Se demander si un jour on sera satisfait·e·s ou si on est condamné·e·s à la correction éternelle. Chercher comment diffuser ce livre hors des circuits capitalistes. Apprendre à maquetter. Trouver où stocker les exemplaires. Avoir la larme à l’œil face au manuscrit final.

Parce que lire Stone Butch Blues a été pour nous une expérience incroyable.

Parce que ce texte nous a marqué·e·s, porté·e·s, qu’il nous a fait rêver autant que donné la rage, parce qu’il nous a ouvert des portes, des imaginaires, des perspectives.

Parce que pour une fois nous avions l’occasion de lire un livre qui parle de nous avec des mots qui nous ressemblent, qui viennent du fond du cœur, du fond des tripes – et non pas le jargon universitaire d’un·e expert·e auto-proclamé·e qui nous aurait choisi·e·s comme objet d’étude.

Alors pour ces raisons, on s’est lancé·e·s dans l’aventure.

Cette édition française que vous tenez maintenant en main est le résultat de centaines d’heures de travail. Un travail non-rémunéré, motivé simplement par l’envie de partager ce texte, mené par une vingtaine de personnes qui ont accepté de mettre un peu (ou beaucoup) de leur temps et de leurs compétences à disposition de ce projet : traductions, relectures, coordination, corrections, graphisme, édition, diffusion. Merci à elles. Merci à eux.

Il aura fallu six ans à ce projet pour aboutir. Parce qu’il faut bien dire que l’enthousiasme parfois nous rend un peu naïf·ve·s – et que nous avons découvert au fur et à mesure ce que traduire et publier un roman signifie. Du temps, de l’énergie, de la méthode et des compétences que nous avons souvent dû improviser sur le tas. Dans notre équipe fluctuante, nous avions bien peu d’expérience en matière de traduction ou d’édition. Encore une manière pour nous de dire que nous pouvons nous passer des expert·e·s pour nous donner ce dont nous avons besoin. Alors bien sûr, ce texte n’est pas parfait. Il est ce qu’on a pu. Merci à vous, lectrices et lecteurs, de vous montrer indulgent·e·s.

Ce livre que vous tenez en main est à nos yeux un bijou, un hommage à la lutte, à la résistance et à la solidarité. Merci à Leslie pour nous avoir offert ce texte magique.

L’équipe qui a achevé cette édition

Juillet 2018

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