Chapitre 7

7

Il était temps de trouver un boulot à l’usine. Les butchs m’ont incité à tenter ma chance dans la métallurgie ou l’automobile. Bien sûr que j’y avais déjà pensé. Je n’étais pas complètement idiot. La force des syndicats dans ces industries lourdes avait permis de gagner des salaires décents et des avantages corrects.

Mais Edwin m’a dit qu’il y avait plus que ça. Les syndicats garantissaient aussi la sécurité de l’emploi. Elle m’a dit qu’à la différence d’un atelier non-syndiqué, si elle s’engueulait avec un connard au boulot, elle ne risquait pas de perdre son poste. Tu ne risquais pas d’être virée juste parce qu’un chef d’équipe n’aimait pas ta gueule. Toutes les butchs le confirmaient : avec la protection du syndicat, une il-elle pouvait bâtir sa carrière et commencer à gagner une précieuse ancienneté.

En attendant qu’une opportunité se présente, j’ai dû travailler en intérim, au salaire minimum. Au début de l’automne, l’agence m’a envoyé pour une journée sur les quais de chargement d’une boite de surgelés. Mon cœur a bondi quand j’ai vu Grant se diriger vers moi à l’usine. Je l’ai rejointe et je lui ai serré la main.

Le déchargement des camions sur les quais était un secteur masculin. Ça signifiait beaucoup d’avoir une autre butch pour surveiller ses arrières. Grant a enfoncé ses mains gantées tout au fond des poches de sa veste bleu marine. Elle a frissonné.

– Brrr. J’me gèle le cul ici. Viens, on rentre.

Puis elle a marché nonchalamment vers les quais de chargement. À aucun moment elle n’a pressé le pas. Elle était tellement tranquille.

Un des camionneurs a crié :

– Il-elle droit devant !

Plusieurs gars ont jeté un œil de l’intérieur de l’usine et ont secoué la tête en signe de dégout. Ça allait être une longue journée. Ça me plaisait qu’on marche lentement. C’était comme si ce foutu parking nous appartenait.

On est montées sur les quais. Le contremaitre est venu nous inspecter. Grant a enlevé un gant et lui a tendu la main. Au début, on a cru que le contremaitre n’allait pas la lui serrer, mais il l’a fait. Chaque petite marque de respect que Grant recevait, elle l’avait gagnée.

L’après-midi touchait à sa fin. Le soleil était bas dans le ciel d’hiver. Un vent brutal soufflait sur le lac gelé. L’énorme semi-remorque qu’on déchargeait bloquait le vent, mais pas le froid. Je frissonnais. On nous a dit qu’on allait devoir décharger deux de ces longs, longs camions pendant la soirée. On a acquiescé toutes les deux. Personnellement, j’avais des doutes.

On a travaillé en silence avec deux mecs. Aucun d’eux ne nous a adressé la parole. Ils parlaient à peine entre eux. Quand Grant et moi on devait passer près d’eux, on baissait tous les quatre les yeux. C’était plus pesant qu’une pluie d’insultes.

Les cartons de surgelés n’étaient pas aussi lourds que ce que j’avais cru. En tout cas pas pendant les trois ou quatre premières heures. Après ça, on aurait dit qu’ils étaient remplis d’acier froid. Mes muscles brulaient et me faisaient mal. Je me sentais petit à petit prise d’une certaine allégresse, à mesure que le camion se vidait. Je me suis mise à travailler de plus en plus vite. Grant m’a fait ralentir d’un rappel bienveillant du regard. J’avais oublié qu’un autre semi allait arriver, jusqu’à ce que je le voie garé, en train d’attendre sur le parking.

On a eu dix minutes pour souffler pendant que le premier camion redémarrait et que l’autre reculait. Puis on a commencé à décharger de la remorque les rangées infinies de cartons.

La sueur coulait à grandes gouttes entre mes seins. Mais ma tête était gelée et mes oreilles brulaient comme du feu. C’est à ce moment que j’ai remarqué avec horreur que les deux hommes avec qui on travaillait avaient des bouts d’oreilles en moins. Engelures.

Dans certaines usines, les hommes perdaient un doigt sous la deuxième phalange, ou un pouce. Ici, sur les quais qui longeaient ce lac gelé, les hommes abandonnaient les petites parties exposées de leur corps. Ça m’a terrifiée. Je me suis demandé ce que j’allais devoir sacrifier pour survivre.

J’ai frissonné en y pensant. Grant m’a poussée légèrement pour que je me reconcentre sur le travail. Elle m’a examinée des pieds à la tête pour vérifier que j’allais bien, mais elle ne m’aurait pas posé la question à voix haute. Pour être en sécurité sur ce terrain d’hommes, il était nécessaire de travailler avec dignité, comme si le boulot était facile. Je préférais aussi éviter que Grant me voie gelée, effrayée et fatiguée. Elle avait l’air d’aller bien. Elle n’était même pas essoufflée.

Quand la journée de travail s’est enfin terminée, le contremaitre de l’équipe de nuit est venu signer les fiches de présence et a disparu vers le parking. On s’est assises dans la voiture de Grant et on a fumé des cigarettes en silence. Mes bras tremblaient d’épuisement. C’était la première vraie pause qu’on avait depuis huit heures. Notre haleine enfumée formait des cristaux de glace sur le pare-brise. Grant a poussé le régime du moteur et a mis la radio en sourdine en attendant que le moteur chauffe.

– C’était pas si dur, ai-je dit d’un air détaché, hein ?

– Tu rigoles ? m’a-t-elle lancé incrédule. À la mi-journée j’ai cru que j’allais mourir.

Ça m’a fait un choc.

– C’est vrai ? T’avais l’air de faire ça si facilement !

Elle a ri.

– Tu rigoles ? Si j’ai tenu, c’est uniquement parce que t’avais l’air de pas trop en baver. Je me suis dit que je devais bien te montrer qu’une vieille butch comme moi pouvait encore être à la hauteur d’une jeune merdeuse comme toi !

Pendant un moment, je me suis sentie mal à l’aise. Elle n’avait pas idée d’à quel point c’était risqué de prendre appui sur un roseau aussi fin que moi. Puis j’ai rougi de reconnaissance quand j’ai réalisé qu’elle était encore en train de me soutenir à ce moment-là.

– Tu l’as fait, mon p’tit.

Et elle m’a donné une petite tape sur l’épaule.

– Mon dieu ! a-t-elle ajouté alors qu’une lueur d’effroi lui traversait le visage, t’as vu leurs oreilles ?

On a fini nos cigarettes en silence, perdues dans nos pensées hantées par ces images.

***

Comme pour tout le monde, mon premier jour de travail dans une nouvelle usine était toujours difficile. Ça prenait vraiment du temps aux nouveaux pour être acceptés dans la communauté. Les collègues faisaient l’effort de te prêter de l’attention uniquement s’ils étaient sûrs que tu allais rester. Beaucoup de travailleurs ne revenaient pas après le premier jour, ou ne parvenaient pas à remplir les quotas. D’autres réussissaient à tenir quasi jusqu’à la veille des quatre-vingt-dix jours requis pour adhérer au syndicat, mais se faisaient virer au dernier moment.

Je prévoyais de rester dans cet atelier de reliure, si je pouvais. Le premier jour, j’ai alimenté les machines et j’ai chargé les palettes. J’ai facilement rempli les quotas. Le deuxième jour, j’ai ralenti. Si les quotas étaient atteints trop facilement, le contremaitre allait les augmenter.

J’étais observée et je le savais. Le premier jour, je me suis cachée derrière des lunettes de soleil toute la journée. Je n’ai pas ôté ma veste en jean, que j’ai gardée boutonnée jusqu’en haut, par-dessus mon t-shirt noir.

C’était un petit atelier de misère avec un syndicat jaune1 et j’étais la seule il-elle dans la boite. Si ça avait été une grosse usine, on aurait été plein de il-elles, tellement qu’on aurait eu notre propre équipe de baseball ou de bowling au sein de l’entreprise. J’aurais alors probablement bandé mes seins au travail, porté un t-shirt blanc sans veste et trouvé ma place dans notre propre petite société intégrée à la vie de l’usine.

Bien que je n’avais pas encore été intégré, les gens étaient plutôt gentils avec moi. À midi, j’ai acheté une bouteille de soda à la machine à côté de la pointeuse et je me suis assis sur une palette pour manger mon sandwich au saucisson. Muriel, une des plus vieilles femmes Natives2 qui travaillait près de moi sur la chaine, m’a offert la moitié de sa pomme. Je me suis levée et je l’ai remerciée. Je l’ai savourée avec reconnaissance. La semaine suivante, Muriel m’a offert chaque matin un café de son thermos. Tout le monde nous observait, attentif à chaque petit détail.

Ces moments avant que la sirène ne retentisse étaient précieux parce qu’ils étaient à nous. Mais le bruit de la pointeuse nous en volait la fin. On se trainait toutes hors du lit un peu plus tôt le matin, histoire d’être à l’usine un quart d’heure avant de pointer. On buvait du café et on mangeait des petits pains. On parlait et on riait.

On discutait aussi tout au long de la journée. Les patrons nous louaient seulement nos mains, pas notre esprit. Mais à partir du moment où c’était sur leur temps, le simple fait de parler devait être négocié. Si on donnait l’impression d’être distraits, de trop rire et de trop s’amuser, le contremaitre arrivait derrière nous et frappait le solide établi en bois avec un tuyau de plomb en grognant : « au travail ! » Après, on regardait toutes nos mains en travaillant et on pinçait les lèvres dans une rage silencieuse. Je crois que parfois ça mettait le contremaitre mal à l’aise de faire ça, quand il devinait les coups d’œil assassins qu’il recevait à peine il avait tourné le dos. Mais il était là pour nous garder sous contrôle, ce qui nécessitait de nous maintenir divisées.

On venait de beaucoup de pays et de milieux différents. Environ la moitié des femmes de la chaine venaient des Six Nations3. La plupart était Mohawks ou Sénécas. Ce qu’on avait en commun, c’était de travailler ensemble, jour après jour. On pensait à prendre des nouvelles de nos douleurs de dos ou de pied respectives, ou de la crise familiale que l’une ou l’autre traversait. On partageait des petits bouts de notre culture, de nos plats préférés, et on se racontait les petits moments embarrassants qu’on avait vécus. C’était ce potentiel de solidarité là que le contremaitre cherchait en permanence à saboter. Ça passait par de petites choses, tout le temps : un mensonge chuchoté, une insinuation cruelle, une blague vulgaire. Mais c’était compliqué de nous diviser. Le tapis roulant de la chaine nous tenait soudées.

En quelques semaines, j’ai été intégrée dans le cercle, taquinée et bombardée de questions. Elles prenaient en compte mes différences, et dénichaient en même temps nos points communs. On travaillait ensemble, on parlait, on écoutait.

Et puis il y avait les chansons. Quand la première sirène du matin retentissait, toutes les femmes et les hommes qui travaillaient sous ses ordres pressants soupiraient ensemble. On avançait alors d’un pas lourd, on se tenait en ligne en silence pour pointer et on prenait notre place dans la chaine, les uns à côté ou en face des autres. On travaillait d’abord quelques instants dans un silence pesant. Puis la lourdeur était dissipée par la voix d’une des femmes Natives. C’étaient des chansons engagées, des chansons joyeuses. On se sentait vraiment bien en les écoutant, même quand on n’avait aucune idée de ce que les paroles voulaient dire.

J’ai écouté attentivement les chansons, essayant de séparer chaque mot, d’identifier les structures et les répétitions. Parfois, une des femmes nous expliquait plus tard ce que la chanson voulait dire, ou à quelle occasion ou période de l’année on la chantait.

Il y avait une chanson que j’aimais en particulier. Je me suis surprise en train de la fredonner après avoir pointé à la fin de la journée. Un jour, sans y penser, je l’ai chantée en même temps qu’elles. Les femmes ont fait semblant de ne rien remarquer, mais elles se sont souri des yeux et ont chanté légèrement plus fort pour me permettre d’élever un peu ma propre voix. Après ça, j’ai commencé à attendre avec impatience les chansons du matin. Quelques autres femmes non-Natives apprenaient aussi les chansons. Ça faisait du bien de chanter toutes ensemble.

Un vendredi soir d’hiver, avant de débaucher, Muriel m’a invité à aller dans un pow-wow4 couvert, le dimanche. J’ai dit oui, bien sûr. Je me suis sentie honorée.

Il y avait quelques autres travailleurs Noirs ou blancs à la soirée – des amitiés trop précieuses pour réussir à en faire le tour sur le temps de travail. J’ai commencé à y aller régulièrement et je suis devenue accro au pain frit et à la soupe de maïs.

Une fois ou deux, on m’a convaincue de me lever et de rejoindre la ronde. Je dois avouer que même si le battement des percussions résonnait dans mon cœur, il n’est jamais descendu jusqu’à mes pieds. Je me trouvais maladroite en dansant, et je me rendais compte à quel point j’étais butch.

Bien sûr, ce qui m’intimidait aussi, c’était la présence d’Yvonne, la fille de Muriel. J’avais un gros béguin pour elle. Elle travaillait au service comptabilité, dans la même usine. Tout le monde savait que c’était la petite amie du chef d’une organisation criminelle locale. Mais ça ne nous empêchait pas de toujours savoir où l’autre se trouvait dans la pièce au cours de ces soirées. Je crois que toutes les femmes l’avaient rapidement remarqué.

J’avais déjà pris la décision de ne même pas songer à l’idée d’aborder Yvonne, même si j’avais l’air de lui plaire. Des vieilles butchs m’avaient prévenue que parfois, au boulot, les gars mettaient la pression à une femme pour qu’elle couche avec une il-elle, comme une blague, et revienne ensuite le raconter à tout le monde. Ça signifiait que le dernier jour de boulot de la butch était arrivé, et elle partait généralement humiliée. Mais tôt ou tard, le stigmate revenait se coller sur la femme qui avait couché avec l’une d’entre nous, et elle devait partir aussi.

J’avais peur de ça au début avec Yvonne, mais elle n’était pas du tout comme ça. Un soir, on est sorties à quelques-unes après le travail et on a fini saoules. Elle m’a alors dit que son petit ami lui avait laissé entendre qu’il voulait nous regarder faire l’amour, et qu’elle lui avait répondu d’aller se faire foutre. Une fois que ça avait été dit tout haut, par contre, c’était dur de ne pas penser à faire l’amour avec elle.

Juste avant Noël, on est allées avec les collègues dans un bar à côté de l’usine pour boire quelques verres. Il y avait une grosse tempête de neige dehors. À l’intérieur, on a bu et on a rigolé. Quand on est parties, la neige avait quasiment recouvert les voitures. J’ai chauffé la serrure de la vieille Dodge de Muriel avec mon briquet pour la dégivrer. Quand j’ai enfin réussi à ouvrir la portière, Yvonne m’a embrassé pile sur la bouche. Elle m’a laissée sur le parking, complètement abasourdie et toute excitée.

Le soir suivant, je suis allée au Malibou et je n’ai pas arrêté de penser à comment ça serait d’y amener Yvonne.

J’étais heureuse à l’usine, flirtant avec Yvonne, écoutant les histoires de Muriel, attendant la prochaine soirée. Le vendredi soir, on buvait des coups au bar où on encaissait nos chèques. Le samedi soir, je le passais dans le bar gay. Je me sentais vraiment bien.

Puis un jour, quand la sirène de l’usine a retenti, le silence s’est alourdi. Je les ai regardées, allant d’un visage à l’autre. Il se passait quelque chose. Muriel a parlé la première.

– Aujourd’hui, c’est toi qui commence la chanson, a-t-elle suggéré d’un air détaché, celle que tu veux.

J’ai regardé autour de moi, sceptique, mais elle était sérieuse.

J’ai senti le sang me monter au visage. Je ne voulais pas attirer l’attention sur moi. Je ne voulais pas entendre ma voix s’élever toute seule par-dessus le son des machines et des autres femmes, même pendant une minute. En fait, j’ai réalisé que j’avais honte de ma propre voix. J’ai protesté :

– Je ne peux pas.

J’étais au bord des larmes. Personne n’a rien dit. Elles ont juste continué à travailler en silence. À midi, j’ai réalisé qu’il n’y aurait aucune chanson avant que j’en commence une.

Pourquoi ? Je me suis demandé. Pourquoi ces femmes me font-elles ça ? Est-ce qu’elles se moquent de moi ? Je savais que non. Elles avaient remarqué comment j’articulais silencieusement les paroles. Elles invitaient ma voix à rejoindre les leurs. Une fois de plus, elles m’honoraient.

Cette nuit-là, j’étais si paniquée que je suis restée éveillée. La routine quotidienne n’allait pas reprendre, à moins que je chante seul. Ma gorge se serrait rien que d’y penser. J’ai songé à me faire porter pâle, mais c’était trop lâche et ça n’allait rien changer. Personne n’allait oublier qu’on m’avait demandé de commencer la première chanson. En plus, le lendemain, c’était la veille de Noël. J’allais perdre mes congés payés si je me mettais en arrêt. Et juste après les vacances, j’aurais le droit d’adhérer au syndicat.

Le matin, j’ai essayé de me comporter normalement au boulot. J’ai été accueillie comme d’habitude. Quand Yvonne est arrivée, je me suis demandé si elle en avait entendu parler. Son sourire m’a fait savoir que oui. La sirène a retenti. On a toutes pointé. On a pris nos places dans la chaine. La tension était pesante. J’ai éclairci ma voix plusieurs fois. Muriel regardait ses mains en travaillant, elle souriait affectueusement.

On y était. J’allais essayer de trouver ma voix et de l’assumer. Après plusieurs faux départs, ma voix a commencé à s’élever. J’ai chanté ma chanson préférée, la première que j’avais apprise. Presque immédiatement, les autres femmes ont élevé leurs voix avec la mienne afin de m’épargner davantage de gêne. On s’est toutes souri les unes aux autres et on a chanté avec des larmes plein les yeux.

Après le déjeuner, le contremaitre m’a appelé dans son bureau et m’a tendu une lettre de licenciement.

– Désolé, a-t-il dit.

Il m’a raccompagnée jusqu’à mon casier pour que je prenne mes affaires. Je n’avais le droit de dire au revoir à personne.

Je me sentais vraiment humilié d’avoir été viré. Je savais qu’en réalité, c’était parce que j’étais très proche d’entrer au syndicat. Et je savais que la direction avait observé notre solidarité grandissante avec beaucoup d’inquiétude. Mais ma honte s’est ranimée quand je me suis rendu compte que le contremaitre avait probablement entendu ma voix s’élever seule quelques instants.

Je suis rentrée chez moi à pied sous la neige. De vives bourrasques étouffaient tous les sons de la ville. Je me sentais vraiment mal. Tout de suite après les vacances, j’allais une fois de plus devoir recommencer la chasse à l’emploi. Quand je suis arrivée chez moi, j’ai espéré que le téléphone sonne. Ça n’est pas arrivé. Je n’avais rien à attendre ou à espérer, ni rien à faire d’autre que regarder « Perry Como Christmas Special »5. Ça m’a fait me sentir encore plus mal. Boire ne m’a pas aidé non plus. Non que ça ait jamais aidé qui que ce soit.

J’étais en train de me dire que j’allais sortir au Malibou quand j’ai entendu des pas monter bruyamment les escaliers. J’ai ouvert la porte. C’était Muriel, Yvonne et quelques autres femmes Natives de l’usine. Elles m’avaient apporté de la nourriture et quelques cadeaux bien emballés. Elles allaient à une soirée. J’étais invitée. Muriel a regardé mon visage avec un air faussement solennel quand elle a dit :

– Maintenant, il faut que tu apprennes à danser.

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1 Contrairement au syndicalisme rouge (socialiste ou communiste), le syndicalisme jaune défend la cogestion de l’entreprise avec le patronat et refuse la confrontation, et en particulier la grève. Il est parfois également qualifié de « droite prolétarienne ».

2 Native/natif réfère aux peuples présents sur le continent nord-américain avant la colonisation européenne.

3 Six Nations : nations natives de langues iroquoises vivant principalement dans l’État de New York et en Ontario (Canada), liées entre elles par une constitution commune. Les Six Nations regroupent Cayugas, Mohawks, Oneidas, Onondagas, Sénécas et Tuscaroras.

4 Un pow-wow est une forme de rassemblement traditionnel chez certaines nations natives d’Amérique du Nord. Moments de célébration religieuse ou guerrière, ils ont après la colonisation été durement réprimés par les gouvernements états-unien et canadien qui ont interdit les danses natives pendant des décennies. La forme moderne des pow-wows s’est développée dans les réserves, sous forme de manifestations festives permettant la rencontre et la préservation culturelle, marquées par les chants, les danses et la valorisation de l’artisanat traditionnel.

5 Émission de Noël animée par Perry Como, un célèbre présentateur de télévision.

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